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C’est quoi un bon scénario au cinéma ?

[dropcap]P[/dropcap]our expliquer ce qu’est un bon scénario, il faut à mon sens commencer à dépecer « la bête » immonde qu’est le script. Le fameux scénario de 90 / 130 pages en courrier-arial que personne n’a envie de lire aux premiers abords…Mais qui une fois arrivé à l’écran, devient passionnant ! Il faut donc aborder dans l’ordre l’idée, le(s) genre(s), la structure et le propos de votre futur projet.  

Écrire un scénario n’a rien d’une partie de plaisir, c’est une souffrance à la fois psychique & morale, une épreuve de réflexion complexe et de longue haleine. Une course de fond, j’ai tendance à penser que le scénariste est un « glandeur déterminé » 😉 – Un type qui se pose-là, devant son ordinateur dans son bordel…Qui cherche des idées et qui à force de chercher, finit par « affuter » avec son esprit et sa mémoire son histoire comme un ébéniste affuterait son bois.   

Pour rassurer mes lecteurs : sachez qu’il y a peu de bons scénarios, que les réalisateurs préfèrent tourner qu’écrire, or la plupart des bons producteurs (et des grands acteurs) savent pertinemment qu’un bon film est un avant tout un bon script. Tous les grands acteurs vous le diront : ils cherchent des bons scripts, ce seront leurs meilleurs rôles.

D’après A. Hitchcock, 50% du job est déjà fait quand vous avez finit d’écrire, lui-même déclarait « voilà, ça c’est fait », en posant ses scénarios avant le premier plan de chacun de ses films. Il ne reste « plus qu’à » assurer le reste derrière…

Je vous l’accorde, réaliser et produire, ce n’est pas si simple, mais n’oubliez pas une chose : s’il est assez difficile de réaliser un excellent film avec un « bon » scénario, il est en revanche pratiquement impossible de produire un bon film avec un script médiocre…Sur ce, bon courage ! 

Distinguons donc plusieurs étapes dans l’élaboration et la conception de votre récit : l’idée (ou « le pitch »), le genre, la structure & le propos.

[highlight2] L’idée [/highlight2]

         L’idée est appelée aussi le pitch (version anglaise). C’est une ou deux phrases qui donneront envie à votre première audience (famille, producteur, amateurs) d’en savoir plus sur votre film. C’est le concept, la particularité évidente de votre fiction. Rappelons que si vous écrivez, c’est pour raconter un non-quotidien, un événement qui sort de l’ordinaire. Plus il est multiple, transversal, complexe et dense, plus vos possibilité d’écriture seront large.

« Une femme qui était aisée, se sépare de son mari infidèle et se retrouve sans un sou. Elle part vivre en banlieue où le logement est moins cher, et fait connaissance avec sa voisine, également seule, qui semble avoir un problème avec l’alcool…Les deux vont vite sympathiser. »

« Trois acteurs très pauvres qui galèrent jouent une comédie dans un petit théâtre parisien. Ils apprennent qu’un richissime oligarque a adoré leur pièce et va venir assister à la dernière. Ils décident de préparer un plan pour le dépouiller lui et sa compagne pendant la représentation. ».

« Après avoir ingurgité une drogue dans un bar, un homme se réveille dans un studio de 20 m2. Il ne peut plus en sortir. Plus étrange, plusieurs heures après, lorsqu’il se réveille pour la seconde fois…Il est dans un appartement de 45 m2 en compagnie d’un autre homme lui aussi drogué.. »

Je vais être franc : je suis assez sceptique sur le concept du pitch. Je pense qu’il est en effet indispensable pour éclairer le concept global de votre film, mais lorsque vous relisez les pitch des plus grandes œuvres, ils ne sont pas forcément très attirants…Voire parfois d’une simplicité déconcertante.

         Votre idée doit surtout être pour vous votre iceberg narratif : à partir d’une simple proposition, vous savez que vous allez pouvoir l’explorer avec des conflits, des idées, un propos et bien sûr un univers qui vous appartient. En ayant trouvé un pitch, vous devez en tant qu’auteur vous dire au bout de quelques jours : je vais pouvoir m’amuser à écrire telle scène, telle scène, avec tel personnage !

C’est cette accroche ou prémisse qui va vous permettre ensuite de tirer sur le fil des intrigues, vous permettant de raconter une histoire passionnante et donner votre point de vu. Nous sommes au tout début de l’étincelle…

Un bon pitch ne correspondra peut-être pas à votre style…Un pitch simple mais qui révèlera tout ce que vous aimez raconter ou exprimer au fond de vous se révélera passionnant. N’en restez pas à une simple idée de départ, demandez-vous si vous arrivez ensuite naturellement à l’emmener quelque part !

[highlight2] Le(s) genre(s) [/highlight2]

         En premier lieu, ne vous laissez pas influencer par ceux qui considère le « genre » comme réservé aux films de science-fiction, d’horreur ou fantastique.

C’est un problème de langage : le genre est votre genre cinématographique, sa définition, point barre. Du documentaire en passant par le drame jusqu’au thriller ou au Giallo.

Le genre va vous imposer naturellement des codes, des références, et vous amener à « marcher » dans les pas d’autres réalisateurs qui ont voulu imiter leurs idoles avant vous…Il va définir en grande partie la structure, les personnages archétypes, le rythme, la fin et l’univers où évolue vos personnages (décors, symboles, couleurs, lumières). Le genre est par définition toujours codés & référencés, car le public en adorant les films qu’il a vu au cinéma, en a défini lui-même les codes qu’il appréciait.  

Si vous terminez de monter un film et que personne n’arrive vraiment à le définir, alors vous avez réalisé un film d’auteur en France…Appelé tout simplement à l’étranger : un film d’art & d’essai. Vous avez tenté de proposer un nouveau genre, encore non définit par la critique, bravo ! Tous les films sont des genres, le film d’auteur étant un genre à part entière.

Le genre, contrairement aux idées répandues, est jute un moyen de définir l’univers de votre scénario et de votre œuvre. Il ne fixe pas de limites créatives, c’est une « promesse artistique » pour votre public (et qui fera par ailleurs très plaisir à votre distributeur…si vous en trouvez un).

Vous pouvez bien sûr combiner, coupler ou mélanger les genres à votre guise.
Et pourquoi pas nous faire un petit western en mode film noir ? Ou un thriller musical ? Une romance space-opéra ?

Choisissez votre genre, ou adoptez-le au fil de l’écriture… On peut toutefois considérer que certains scripts font émerger des tendances importantes au niveau de l’écriture en fonction du genre vers lesquelles ils tendent…

Genres & priorités

Thriller, policier, gangster, film noir : structure & intrigues importantes
Drame, Film Romantique : personnages & propos important
Western, film de cape et d’épée : structure importante & personnages important
Comédie : pitch, personnages & dialogues important
Film musicale : Univers & Musiques importantes
Science-fiction/ Fantasy : idée & univers important
Film d’auteur ou d’Art & d’Essai : propos ou symbolique important
Etc.

[highlight2] La structure [/highlight2]

         Nous arrivons enfin au cœur du débat sur le scénario : la structure. Combien de pages ? Où mettre l’élément perturbateur ? Les intrigues ? Etc.

Que de livres écrit sur le sujet, que de techniques proposés… ! C’est à s’y perdre mes amis 😉 Pour en avoir lus quelques-uns de très intéressant (Michel Chion, Robert McKee, John Turby, etc.) j’aimerais avant tout vous dire une chose : écrivez les « moments » de cinéma que vous avez envie de tourner. C’est important. Le scénario ne sera jamais lu, c’est votre film (que vous avez envie de tourner) qui sera vu !

Un film reste à la fin une œuvre où quelques « bribes » de moments que l’on retient nous ont ému, à une époque où la versatilité des jeunes ne cesse d’augmenter, on peut se douter qu’un film parfaitement écrit mais lisse comme personne n’attirera pas grand monde. Trop de film ont le même point de vu, sont fades, sans idées originales et sans propos moral intéressant…Et la structure parfaite, par définition, n’existe pas : chaque film est unique.

Une fois cette petite intro terminée, on peut expliquer que la structure de votre scénario s’articulera en plusieurs points :

[tabs] [tab title= »Les 3 Actes »] Tab 1 content [/tab]
[tab title= »Style Narratif »] Tab 2 content [/tab]
[tab title= »Personnages »] Tab 3 content [/tab]
[tab title= »Univers »] Tab 3 content [/tab]
[/tabs]

Je ne vais pas tous les détailler ce serait trop long (et des livres de 200 pages ont été rédigés dessus…) Mais de façon générale sachez que la structure va vous permettre de prendre plaisir à développer vos idées.

[highlight2]Le propos[/highlight2]

         On en vient enfin à un point qui est selon moi trop ignoré par les apprentis scénaristes (je m’inclus dedans 😉 ) : le propos. Le propos est le message que vous souhaitez faire passer à votre audience.

Il y a souvent un propos général, et d’autres sous idées l’entourant. Que pensez-vous au sujet des thèmes de la violence ? l’amour ? la justice ? Que faut-il penser au sujet de l’argent ?  Faites parler vos personnages ! Faites-leur faire ce que vous ne pourriez pas faire vous dans votre propre vie, ils sont là pour ça…

Le propos est souvent très excitant pour les gens qui adorent sortir des idées ordinaires, on adore les excessifs, les rêveurs, les fous, etc.

[highlight2]Un bon scénario c’est donc un tout[/highlight2] : c’est un bon concept, qui va nous faire découvrir des personnages attachants (soit par leurs faiblesses ou leurs qualités incroyables), à travers un genre un peu renouvelé. Le message du film est fort, il est peu banal et on ressort de la salle en ayant vu une histoire originale sur laquelle on aura envie de discuter ou d’y repenser.

N’oubliez pas qu’un scénario est visuel : l’importance du son et des décors ne doit pas être négligé dans la narration de votre film, ils peuvent évidemment ajouter énormément de sens à toutes vos scènes.

[highlight2]Bibliographie[/highlight2]
Story de Robert McKee
Ecrire un scénario de Michel Chion
L’anatomie d’un scénario de John Truby
Créer des personnages inoubliables de Linda Seger

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